Dans des conditions difficiles, deux possibilités s’offrent schématiquement dans un groupe : s’isoler pour tenter de résister seul ou s’unir pour passer l’épreuve. Or, la montagne n’est pas toujours un milieu très propice à l’homme. C’est d’ailleurs certainement une des raisons qui poussent les montagnards à lui rendre visite, parfois par vanité, plus souvent pour l’amour des belles choses et la vie au grand air!

En montagne, de petits ilots d’humanité ont été aménagés pour servir d’abris et pourquoi pas de lieux de partage et de convivialité : ce sont les refuges!
Pour tous ceux qui ont eu la chance d’y passer au moins une soirée, l’une des premières interrogations légitimes concerne l’approvisionnement : « comment faites-vous pour proposer des repas complets à 2, 3, voire 4 heures de la route la plus proche? »

L’hélicoptère est devenu le moyen privilégié pour « acheminer » les produits lourds et encombrants indispensables à la vie du refuge. Les mules ou autres ânes complètent parfois le dispositif. Et l’homme, souvent, parachève la montée des produits frais comme les légumes, la viande, le beurre ou le pain… Ah!, le pain… Toute une aventure pour fournir des tranches de pain pour les repas en refuge…

L’autre jour que je déambulais paisiblement dans la vallée, mon téléphone s’anime brusquement et le nom « refuge des Estagnous » m’indique la provenance de l’appel. Je décroche et salue Stéphane, l’un des deux gardiens du refuge. Un peu embarrassé, il m’explique la situation. L’hélico ne peut pas monter à la date prévue et les réservations affluent pour la semaine. Et le pain… « Ben, on va être juste. Pourrais-tu nous faire un ou deux portages dans les jours qui viennent? »

(Pour ceux qui ne lisent pas tous les messages du blog, ils ignorent certainement mon attachement aux refuges de montagne, faisant moi-même partie de la confrérie des gardiens d’altitude). J’attrape mon agenda, heureusement (ou malheureusement…) peu rempli ces derniers jours et j’annonce à Stéphane ma venue pour le lendemain. Quinze kilos de pain sont commandés chez le fournisseur officiel du refuge des Estagnous, la boulangerie Simonet à Saint-Girons (et pam, un p’tit coup de pub mais la qualité des produits le vaut bien!). Le jour J, me voici dès 10h au refuge, devant un spectacle montagnard toujours aussi beau, accoudé au mur de la terrasse et savourant une bière fraîche et bien méritée. Le surlendemain, me revoici au refuge, vidé de toutes mes « quotidiennetés » valléennes, heureux, libre et fier de cette double bonne action : envers des montagnards et des amis…

Tiens! Si vous avez décidé de passer une nuit dans un refuge, demandez donc au gardien s’il n’a pas besoin d’un petit quelquechose d’en bas. Le geste est toujours apprécié. Et s’il vous répond que non, n’hésitez-pas à amener tout de même quelques légumes ou une de vos petites spécialités culinaires, pas forcément beaucoup, simplement pour partager cette solidarité montagnarde à laquelle nous sommes tant attachés!
Stéphane