Premières neiges au Valier
Personnellement, j’adore autant que je crains lorsque la montagne se met en colère, qu’elle affiche toute sa puissance. Les éléments se conjuguent et se déchaînent pour nous rappeler notre fragilité d’Homme : le vent, la neige et le froid modifient notre perception, nos repères et notre confiance en nous. Nous sommes en montagne des transhumants, et non des permanents !
Ce week-end, le groupe que je devais emmener au refuge des Estagnous s’est effrité devant les prévisions (justes !) de Météo France. La décision de reporter l’aventure à l’année prochaine fut douloureuse d’un point de vue financier mais salutaire d’un point de vue éthique : il faisait effectivement bien mauvais samedi et très froid dimanche là-haut.
Je suis donc monter tout seul au refuge pour passer la soirée avec les copains gardiens du refuge des Estagnous. Ma nuit de samedi à dimanche fut agitée : ma conscience m’ordonnait de me reposer alors que mon subconscient s’emballait et rêvait de sommet enneigé, dépassant d’une mer de nuage épaisse dans un ciel d’un bleu si pur orné de rayons dorés…
Au réveil vers 6h30, les nuages persistaient mais une première trouée enclenchait le mécanisme : partir au sommet pour profiter de cette première ruade hivernale. Pas le temps de manger, il fallait monter, retrouver les habitudes de la marche dans la neige, accepter le vent, le froid et faire la trace. D’une petite dizaine de centimètre sur la terrasse du refuge, la couche de neige ventée atteignait presque le mètre en arrivant au col de Faustin.
La remontée vers les croix du Valier,le souffle court dans une ambiance polaire de début des temps, constituait une sorte de rite initiatique auquel je me pliais avec délectation. La température ressentie au sommet avoisinait les -15°C sous les rafales de vent et la mer de nuage remplissait l’espace. Seuls quelques ilots blancs surnageaient au dessus de ces fjords flottants. Le temps s’arrêta.
Puis les pieds commençairent à s’engourdir, les doigts perdant leur sensibilité. Un frisson me traversa le dos : il fallait redescendre, dévaler ce versant et plonger dans l’obscurité de cet océan de ouate…
Montagne, j’aime ta diversité et tes ambiances si affirmées !
Stéphane





































