avr 8 2012

Despertaferro Paroi d’Aragon Montrebei 570m Abo- 7a/A1 ou 7b+ ?

Charles est un des jeunes que j’encadre au sein de l’équipe jeunes alpinistes de la FFME.

Depuis quelques semaines, il avait pas mal de temps libre et ayant pour ma part bien envie de retrouver la forme en escalade, nous avons pas mal grimpé en falaise ensemble.

Comme nous commençons à être affutés et à bien nous connaître, je lui propose de passer à la vitesse supérieure en allant en paroi d’Aragon à Montrebei. La période est idéale, il ne fait pas encore trop chaud et les jours commencent à rallonger.

Après hésitation, je lui propose d’aller faire Despertaferro. Cette  voie récente ouverte par le prolifique Albert Salvado accompagné de Joan Maria Esquirol passe à l’endroit le plus élégant de la paroi sur un  pilier déversant. Cette voie hallucinante a aussi la particularité d’avoir été volontairement très peu équipée dans les longueurs, avec obligation de pitonner en libre avec des difficultés jusqu’à 7a obligatoire et seulement 2 répétitions…

Après 2 H d’une approche un peu pénible, nous arrivons au pied de la voie dans le brouillard avec un vent de fou qui souffle dans la gorge…

Nous attaquons par les 3 premières longueurs de la « CADE ». J’ai l’onglée et je grimpe en doudoune … Vive le printemps !

Notre voie quitte cette grande classique et attaque directement dans une longueur de 6c+ impressionnante dans un dièdre qui vient buter sous un toit. Pas facile à protéger et un peu « à froid », cette longueur va me mettre dans le bain…

Charles enchaîne par une longueur de traversée en 6c où il doit pitonner à 4 reprises tellement le rocher est compact et ne se prête pas à la pose de friends et coinceurs.

Nous arrivons au pied de la longueur une diagonale déversante dans un rocher rouge cotée 7a+. Les premiers mètres en rocher douteux sont protégés par quelques spits avec un pas vraiment pas facile sur une micro réglette que je n’arrive pas à serrer… Je dois redescendre à 2 reprises sur une bonne prises en dessous pour me refaire et mieux étudier mes placements. Je ne voudrais pas tomber là et après quelques hurlements, je parviens à me rétablir dans une conque. Reste 30 m tout en continuité, le soleil est revenu et j’arrive au relais bien desséché…

Nous sommes au niveau de la vire de bivouac, mais histoire de gagner un peu de temps sur la journée de demain, Charles part dans la longueur au dessus, 6c+ expo au dessus d’une virette. Calme et sérénité sont de mise et il rejoint assez vite le relais commun à une autre voie « existancialisme ». En un rappel un peu compliqué avec un pendule sur la gauche, nous nous posons sur la vire 4 étoiles où nous allons bivouaquer. Pour une fois, ce n’est pas un lieu inconfortable, où on arrive à l’arrache, de nuit…

Nous prenons donc le temps de siroter une bière en profitant du magnifique coucher de soleil qui embrase la paroi de Catalogne.

Après une nuit réparatrice, nous remontons ( en moul’ s’il vous plait) au relais atteint la veille. Charles gravis rapidement la petite longueur en 6b qui fait suite et nous nous retrouvons au pied des principales difficultés, sur le fil du pilier.

Le début de cette 9 ème longueur annoncée potentiellement à 7b+ commence gentiment avec une fissure facilement protégeable. Ca va pas durer tout ça…

La ligne d’ascension semble aller un peu sur la gauche, mais j’ai un doute…Dans ce type d’escalade engagée, le plus stressant est de ne pas aller se mettre dans une impasse, où il serait impossible de se protéger ou de grimper.

Après quelques mouvements vibratoires, pieds à plats, protégés par quelques petits friends posés à la hâte, je parviens à accéder à une zone moins raide où je peux faire un peu retomber la pression et mettre 2 bonnes protections. La suite est déroutante sur une dalle grise ultra compacte… Le topo parle d’un piton en place mais je ne vois rien sur les 10 mètres qui me séparent du relais… Je traverse légèrement à gauche et je me rétablis sur ce rocher magnifique. La section n’est pas tout à fait verticale et j’arrive en équilibre à planter un bon universel qui me permet de faire quelques mètres très techniques sur de micro écailles typiques de ce rocher verdonnesque… Il ne me reste que quelques mètres pour atteindre une zone plus prisue et rejoindre le relais mais j’aimerais me protéger avant de sortir. J’essaye à 2 reprises de pitonner mais ces petites prises à arquer me font gonfler sévèrement les avants bras. Ne trouvant pas de solution et ne pouvant plus faire marche arrière, je finis par me poser sur un crochet… Je me rends compte assez vite que le seul emplacement pour une protection possible était en fait dans la prise que je tenais main gauche… Un peu dégouté, je place un petit coinceur et après encore quelques mouvements durs, j’atteins le relais. Dommage, il s’en est fallu de peu pour que cette longueur fasse tout en libre…

Deux BASE jumpers viennent de nous frôler en criant… Notre voie est vraiment dans leur ligne de chute et c’est vraiment hallucinant de les voir passer aussi près !

La longueur d’après est pour Charles et honnêtement, j’en suis bien content ! Un mur gris vertical rayé de strates qui nous le savons tout les 2 n’offrira que de pauvres protections… Heureusement, il excelle dans cette escalade technique et comme prévu doit se lâcher au dessus de mauvais friends placés dans ces strates bouchées…

Arrivée à R10, il nous reste encore une longueur dure. Le soleil nous cogne déjà dessus depuis quelques heures et nous commençons à avoir quelques longueurs dans les bras…

Mon élan libérateur dans cette onzième longueur est stoppé quelques mètres au dessus du relais… Impossible de se protéger en  « clean » et obligation de pitonner… Vu que c’est raté pour le libre, j’opte pour l’efficacité. J’utilise à plusieurs reprises mes crochets pour me poser et pitonner en grimpant en mi libre – mi artif en plaçant les 9 pitons que nous avions amenés ! Les dernières longueurs bien que nettement plus faciles n’en demeurent pas moins magnifiques sur un rocher de toute beauté.

Nous sortons vraiment enchantés de cette voie incroyable à l’ambiance unique. Même si nous n’avons pas tout libéré, nous avons le sentiment d’avoir donné notre maximum dans des longueurs d’une qualité exceptionnelle.

Le lendemain matin, histoire de finir en beauté (et parce que c’est toujours ainsi quand je viens à Montrebei), je reviens à la sortie de notre voie, et parachute sur le dos parcoure moi aussi en sens inverse (et en 9s !!!) la voie que nous avons mis 2 jours à gravir.

Voir une petite vidéo réalisée par Charles sur http://vimeo.com/39653493

Romain Wagner