août 5 2010

Même la rando estivale possède des codes…

Le récit suivant s’appuie sur une anecdote que j’ai vécue récemment en passant à l’Office de Tourisme d’Ax-les-Thermes. Il illustre les risques liés au manque d’expérience des novices d’une activité pourtant simple d’un point de vue technique : la randonnée en montagne.

 

Paul et Annie ont deux enfants de sept et dix ans. Ils habitent à Nantes et décident pour les vacances d’été de découvrir la montagne pyrénéenne. Passant à l’Office du Tourisme, ils achètent sur les conseils de l’hôtesse d’accueil un topo-guide de randonnée.

Après une belle grasse matinée, la petite famille choisit la randonnée n°7 qui mène au Lac Bleu en 2 heures 30 de marche. Après le pique-nique dégusté près du parking de la randonnée, ils suivent les « balises » peintes sur les rochers en direction du lac. Près de 3 heures plus tard, après une belle grimpette, ils ne sont toujours pas en vue du lac. Néanmoins, Paul veut atteindre le but de la randonnée et insiste auprès des siens pour poursuivre encore un peu. Les enfants boudent et traînent des pieds à l’arrière, déjà bien fatigués par cette marche forcée. Annie relit le topo-guide et ne s’explique pas la différence entre le temps de marche proposé sur le papier et la réalité de leur journée en montagne.

Le temps est lourd et chaud et l’après-midi déjà bien entamé. Habillée légèrement, notre petite famille ne décèle pas les signes avant-coureurs du changement de temps. Puis d’un coup, l’orage s’abat, violent, accompagné d’un peu de grêle et d’un fort coup de vent qui fait très rapidement chuter la température. Les enfants ont peur et froid et les parents accélèrent le pas dans la descente. Au détour d’un virage, dans la précipitation, ils quittent le sentier balisé et se perdent alors que la brume envahit la montagne… Heureusement, l’orage passe et la brume se dissipe lentement. Après quelques minutes et une chute sans gravité, Paul retrouve le bon sentier pendant qu’Annie rassure les enfants. Vers 20h, les voilà revenus à la voiture dans laquelle les enfants s’endorment rapidement…

Le lendemain, Paul arrive énervé à l’Office du Tourisme et tombe sur un Accompagnateur en Montagne passant distribuer sa documentation. Après un résumé de la journée de la veille, l’Accompagnateur en Montagne explique à Paul calmement la différence entre une randonnée réussie et la mésaventure de la veille.

Premièrement, la montagne appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est difficile lorsque l’on est en vacances mais il est toujours préférable de partir de bonne heure afin de profiter de la fraîcheur matinale, de conditions météorologiques souvent plus stables le matin et d’une marge de sécurité en cas d’imprévus.

Ensuite, il faut comprendre que le temps de marche annoncé dans le topo-guide est un temps moyen. Personnellement, je marche environ deux fois plus vite que les temps indiqués, certaines personnes deux fois moins vite… Il faut ajouter au temps de marche les nombreuses pauses qui jalonnent une sortie en montagne,  notamment lorsque l’on randonne avec des enfants. Il faut savoir s’arrêter, se reposer, s’alimenter, s’amuser pour que la journée soit bien vécue par l’ensemble des participants.

Il faut aussi savoir renoncer si l’on doute de ses capacités ou de la forme physique ou psychologique d’un des membres du groupe ou de la famille. En effet, il faut toujours rester ensemble et l’on doit s’adapter au niveau du participant le plus faible. Trop souvent, je croise des groupes qui randonnent à plusieurs minutes d’intervalle, les premiers gravissant allègrement le sentier alors que les derniers, fatigués, râlent après avoir manqué un embranchement ou réclament la gourde d’eau portée par une des personnes marchant à l’avant…

Pour que la montagne reste toujours un lieu de plaisirs et de contemplation…

Stéphane


juil 22 2010

Faut pas s’en faire…

La vie au grand air, le dénivelé réalisé, les changements climatiques fréquents usent l’organisme du montagnard…. Heureusement, des lieux accueillants sont nichés au détour d’une vallée ou d’un lac, apportant chaleur et réconfort. C’est le cas du refuge d’En Beys.

Il y a quelques jours, j’y suis remonté pour amener quelques légumes, fruits et journaux essentiels (L’Equipe et le Midi Olympique…). La montée se déroula sous un plafond nuageux bas et humide. Et puis comme souvent, vers 1900m d’altitude, la chaleur s’est faite plus présente et les nuages se sont déchirés, laissant apparaître un ciel d’un bleu divin.

Les quelques personnes ayant défié le ciel grisâtre de la vallée étaient des malins. Là, sur la terrasse du refuge, l’air et l’ambiance chantaient la sérénité et les plaisirs simples… une bonne table, une lumière féérique, une douce quiétude face aux aiguilles rouges…

Je vous laisse apprécier tranquillement et dans le silence les quelques photos qui illustrent ces moments…

Et bon appétit !

Stéphane


juin 2 2010

Soirée « académique » au refuge d’En Beys (01/06/10)

Quand la journée de travail se termine, deux options s’offrent souvent à moi. Redescendre d’Ax-les-Thermes vers ma verte Barguillère ou partir vers le haut et rendre visite aux copains qui tiennent certains refuges ariégeois.

Hier soir, l’appel de la montagne a été le plus fort. Malgré une météo incertaine, me voici parti à remonter en trottinant la piste qui mène à la jasse de Gaudu. Les derniers promeneurs regagnent le parking alors que mon corps rentre en action.

A Gaudu, le dernier observateur d’isard de la Réserve, emmitouflé dans « l’abri bus », me jette un oeil surpris en me désignant 2 isards en face sous le Rec de Terres.

Puis le « désert humain », celui que j’adore retrouver dans ces fins d’après-midi solitaires. Seules quelques marmottes s’inquiètent de ma présence. Un gorgée d’eau à la source, une bonne inspiration et me voilà dans le dernier « rapaillou » où les langues de neige fondent comme peau de chagrin.

Et le refuge, vu et revu de si nombreuses fois, attirant mon pas dans un plaisir renouvelé…

Juju et Sylvain sont afférés aux fourneaux et les blagues fusent. Thérèse, Pierre et Jérôme, de l’Observatoire de la montagne d’Orlu, ont accompagné une quarantaine de gamins et leurs professeurs venus des Haute-Pyrénées dans ce paradis altier.

Apéro, service, vaisselle et le calme revient dans la salle commune après les histoires racontées aux enfants pour un bon repas entre pôtes.

Une fois de plus, nous refaisons le monde. Une fois de plus, nous partageons ces moments simples des soirées montagnardes.

Au petit matin, je suis déjà sur le chemin du retour pour poursuivre le boulot au local du Bureau des Guides en compagnie de Charlène, notre nouvelle coordonatrice durant le congé parental de Marie.

Vivement la prochaine remontée !

Stéphane


avr 24 2010

Exotisme toulousain…

Alors que la plupart des toulousains quittaient la ville rose en ce vendredi soir pour chercher l’ »exotisme » et le dépaysement à la montagne, je circulais dans l’autre sens pour renouer avec une soirée « en ville ». En effet, cela faisait quelques mois que je n’avais plus quitté les montagnes pour assurer la gestion du Bureau des Guides tout en exerçant mon métier d’Accompagnateur en Montagne lors des sorties en raquettes à neige ou pour mon plaisir en ski de rando.

D’ailleurs, la veille au soir, je grimpais de nuit à la frontale sous le porche de Génat alors que la pluie s’abattait sur l’Ariège.

Ainsi, je ressentis un certain émerveillement en arrivant sur Toulouse, comme si je partais dans un autre pays fonctionnant différemment du mien : des jeunes jouaient au foot sur un terrain synthétique du côté d’Empalot, les jardinières municipales étalaient leurs couleurs et comble du renouveau, tous les arbres affichaient les feuilles éclatantes !

Bien-sûr, je loupais la rue pour retrouver des amis et devaient affronter les nombreux sens interdits et voies à sens unique qui agrémentent la cité… Mais comme le touriste qui cherche à se perdre dans un nouvel endroit inconnu, je prenais un certain plaisir à hésiter, à contourner, à explorer…

Programme de la soirée : apéro tapas dans un bar près de Saint Cyprien puis exploration ethnographique d’une poissonnerie faisant également restaurant. Cet ovni est tenu par un cuistot nonchaland un brin extraterrestre mais très simple dans son approche de la relation patron/clients. C’est bien simple, il me fit penser à l’approche très convivale des gardiens de refuge que je fréquente.

Titi, comme l’appelle les habitués de ces lieux aux murs couverts de vieilles pochettes de disque portant les portraits de Reggiani, Brel et Aznavour, ne nous propose par de menus écrit. Il récite tel un artiste son poême du soir : nous assortiment de moules et gambas à la Plancha, agrémentées d’une « persillade » maison où se combinent une vingtaine d’ingrédients tenus secrets. Après avoir choisi nos poissons sur l’étalage de la poissonerie, nous les retrouvons bientôt délicatement préparés dans nos assiettes, accompagnées de frites maison succulentes. J’en salive encore à l’écriture de ces quelques lignes !

Après une belle discussion sur l’évolution sociologique du quartier et les difficultés rencontrées aujourd’hui par les petits commerçants de sa génération, nous quittons dans l’affirmation d’une visite prochaine notre capitaine cuistot (comme celui décrit dans le petit roman « Le Port de la Mer de Glace » de Potart que je vous recommande) pour rejoindre la Loupiotte pour un dernier verre…

Bref, une vraie belle soirée toulousaine, exotique et poétique à renouveler bientôt !


avr 13 2010

Quand le printemps revient…

… chaque année, je prends un coup de vieux ! En effet, le retour des « beaux jours » coïncide avec mon basculement dans une nouvelle année tout en signifiant que l’hiver se termine. Or, comme chaque année, le nombre de projets hivernaux réalisés est bien loin des prévisions optimistes de la fin de l’automne, quand chaque discussion alimentait le programme des sorties à la neige : alpinisme, cascade de glace, ski de rando…

Et pourtant… Et pourtant c’est vraiment beau le printemps en montagne ! Les jours ralongent et la lumière change. La couleur envahit à nouveau les versants tandis que le blanc s’estompe de plus en plus en altitude. Le vert refait une entrée triomphale par les vallées et les odeurs se déclinent à l’infini. Les galeries des petits rongeurs apparaissent à la surface du sol comme autant de labyrinthes aux formes énigmatiques. Pour ma part, la bascule s’opère lorsque  je range mes raquettes à neige dans leurs fourreaux pour une longue nuit estivale !

Bien-sûr, il reste encore de la neige en altitude, et les skieurs de rando peuvent encore s’adonner à leur douce folie. Pour les « lêve-tôt », de magnifiques courses en alpinisme sont encore possibles. Mais le bruit de l’eau s’accentue dans les torrents et passé 14h, les planches de ski nautique seraient plus efficaces pour « surfer » dans ces pentes dégoulinantes…

On retrouve alors le plaisir de marcher « à pied » sur des sentiers qui réapparaissent comme par enchantement. La randonnée pédestre retrouve progressivement sa place parmi nos activités favorites. Bientôt, la plupart des refuges réouvriront, permettant de nouvelles escapades et de nouvelles rencontres d’altitude. Comme les animaux percevant la future transhumance, j’hume l’air du renouveau et des courses folles vers les sommets.

Décidemment, je n’arriverai jamais à me décider sur ma saison préférée…

Stéphane