Un coin de paradis et le « Doigt de Dieu »
Michel Ange est un génie.
Cette considération pourrait sembler déplacée dans un blog consacré à la montagne mais je persiste : Michel Ange est un génie !
Imaginez que vous peigniez une fresque et que quelques 5 siècles plus tard, des montagnards époustouflés par la beauté d’un sommet lui donne un nom inspiré par votre oeuvre. C’est le cas du Doigt de Dieu, pic central de la Meije, bien visible depuis le célèbre village de La Grave où les artistes du ski hors piste rivalisent chaque début avril pour relier le plus rapidement l’arrivée du téléphérique à 3200m d’altitude aux bars à bières du village !
Il y a quelques semaines, j’étais (une fois de plus) tranquillement installé sur la terrasse du refuge d’En Beys, les yeux scrutant les versants raides des Aiguilles rouges à la recherche de quelque isard à observer. Sylvain sort de la cuisine en me disant : » au fait, tu ne sais pas la meilleure, c’est LE Piol (célèbre pour son défi Twingo qui permit voilà quelques années à 17 apprentis Accompagnateurs en Montagne de monter à bord en même temps de son frêle bolide) qui a repris le refuge de l’Aigle ! ». « Non ?! ». « Si! ». « Voilà une excellente raison d’aller enfin rendre visite à ce refuge mythique du massif des Ecrins, perché à 3450m d’altitude dont l’accès le plus facile est déjà une petite course d’alpinisme ».
Mercredi dernier, me voilà devant la gare de Grenoble. Il est 19h et il fait encore 35°C, ce qui à Grenoble est presqu’insupportable. Manu descend du train. Nous quittons au plus vite cette ville cuvette pour gagner l’Oisan puis la route du Lautaret jusqu’au dessus du village de Villar d’Arène pour un bivouac bien mérité.
Il faut 6h d’après les topos pour monter au refuge. Les 1800m de dénivelé s’effectuent d’abord sur un très bon sentier, puis il faut remonter des névés raides, franchir deux passages aux rochers délités avant d’atteindre la vire Amieux (sécurisée par un cable) qui donne accès au glacier du Tabuchet. Partis à 6h30, nous parvenons tranquillement à 11h au refuge. David (Le Piol) nous accueille avec bonne humeur dans cet endroit magique. Le petit refuge de 17 places est posé sur un petit promontoire rocheux à l’abri des avalanches et du glacier. La journée est magnifique et le vent à peine présent. Le panorama est grandiose de tout côté, entre Meije, glacier, séracs et crevasses béantes.
Vers 13h30, nous décidons de poursuivre la grimpette jusqu’au sommet oriental de la Meije, course classée Peu Difficile pour les deux rogons rocheux à franchir et la belle arête en neige sommitale. La rimaye est encore facile à passer, la neige ayant été particulièrement abondante en ce printemps dans les Ecrins.
Nous atteignons le sommet à 3891m d’altitude vers 15h45. La vue s’étale jusqu’au Mont Blanc et permet d’admirer la fabuleuse face du pic central de la Meije, le célèbre Doigt de Dieu.
De retour au refuge, nous retrouvons d’autres cordées dont la plupart sont menées par des Guides de haute Montagne.
David étant béarnais, j’avais monté dans mon sac une bouteille de Jurançon, pensant qu’il n’en possédait pas au refuge. Mais si, bien sûr, comment imaginer un gars d’Oloron sans Jurançon !
Nous permettons ainsi à nos collègues du soir au refuge de déguster deux bouteilles différentes de Jurançon, fortes appréciées, avant de goûter la traditionnelle soupe du refuge du Bastan (massif du Néouvielle dans les Hautes Pyrénées), où David a passé une saison en tant qu’aide gardien.
A 21h, tout le monde est au lit car le lever est programmé pour la dizaine d’alpiniste à 4h le lendemain. Je reste jusque vers 23h avec David pour se raconter mutuellement nos dernières années dans une lumière superbe sur la Meije.
A 4h, petit dèj à la frontale. Après hésitation et sous l’insistance des guides et de David, nous décidons avec Manu de monter au Doigt de Dieu plutôt que de rester pour aider David à réceptionner les deux bags héliportés au refuge le matin même. « C’est bon, j’ai pas besoin de vous, bande de feignant ! Allez profiter de la montagne, vous êtes en vacances ! ».
Après quelques heures d’efforts mesurés, nous parvenons au sommet du Doigt de Dieu en compagnie d’une cordée avec qui nous avons uni nos forces, non sans regretter de n’avoir pris qu’un piolet et 2 broches à glace pour la première longueur en neige et glace…
Déjà il faut redescendre pour ne pas risquer de descendre sous d’autres cordées arrivant de la fameuse traversée de la Meije, course majeure des Alpes.
Au refuge, nous retrouvons un David rassuré après l’héliportage. Et surprise, nous dégustons un bon steack avec salade, haricots verts et patates revenus dans de la graisse de canard sur la petite terrasse face à la Meije… du grand bonheur !
« Dis Stéphane, quand-est-ce qu’on y retoune ?… »
Stéphane








